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La rétention numérique

 

Avril 2020

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Le texte :

            En cette période de confinement, notre ennui a lieu dans un univers numérique. La bonne nouvelle, c’est la surabondance de contenu, qui nous laisse de quoi nous occuper. La mauvaise nouvelle, c’est que ce monde numérique, est régi par ce que l’on appelle l’économie de l’attention, un principe bien décidé à entraver nos objectifs de déconnexions.

Film, série, émissions, actualité ou jeux vidéo sont en surabondance. Si bien que la question de comment vous les mettre sous le nez, est surinvestie par les fabricants. Les sollicitations envers les clients sont donc aussi en surabondance, recommandation, publicité, visibilité, notification. L’attention de chaque personne devient la valeur rare, plus précieuse que le contenu lui-même. C’est ainsi qu’attirer notre attention, et indirectement nous détourner des attentions concurrentes, est devenue l’enjeu économique principal des entreprises vivant du contenu numérique. D’où le terme d’économie de l’attention.

            Concrètement, tout tourne autour de la stratégie de rétention. Netflix supprime les secondes de latence entre 2 épisodes et adapte la miniature des films en fonction de vos gouts supposés par vos anciens visionnages. C’est-à-dire que vous n’avez pas forcément les mêmes affiches de films que votre voisin, selon les acteurs ou les genres de films que vous semblez apprécier.

De son côté YouTube ne vise plus le nombre de vues, mais le nombre de minutes visionnées, c’est pour cela que beaucoup de vos Youtubeurs se forcent maintenant à faire des vidéos de plus de 10 minutes pour avoir leur chance dans l’algorithme de mise en avant.

Du côté du jeu vidéo, la stratégie de rétention passe par du contenu nouveau et éphémère fabriqué en permanence, Fortnite en est l’exemple iconique. Quand on joue à Fortnite, on n’a franchement pas le temps de jouer à autre chose et cela est fait exprès.

En ce qui concerne les réseaux sociaux, la stratégie de rétention consiste à limiter la visibilité des liens externes pour ne pas que vous sortiez du réseau. Instagram fait d’ailleurs mieux que ça, puisqu’il interdit carrément les liens cliquables sous les publications.

Les chaines d’information en continu quant à elle, insistent plus sur ce qu’on ne sait pas encore pour vous tenir en haleine, plutôt que de vous dresser le bilan clos de ce qui est pour le moment connu. Les duplex de 2 heures devant une porte fermée sont donc de ce point de vue là tout à fait cohérent avec l’économie de l’attention.

            L’expertise des marques numériques pour vous sursolliciter ne doit pas être sous-estimée. Ne pas se définir un objectif avant de se positionner derrière son écran connecté, c’est donc se rendre vulnérable à tous les pièges créés pour retenir votre attention. On se retrouve à scroller sur Twitter, ou à diguer YouTube, non pas à cause d’une paresse qui vous caractérisez, mais parce que l’objet devant vous est conçu pour vous retenir. Ce n’est pas quelque chose que nous avons découvert, les créateurs de ces entreprises du numérique sont transparents sur le sujet et l’évoque dans leurs interviews.

Or, le moment d’ennui est important pour la santé psychique et aussi pour la créativité. En période de confinement, beaucoup pensaient pouvoir l’expérimenter. Mais s’ennuyer sans être distrait, aujourd’hui, est finalement plus dure qu’on ne l’imaginait. L’économie de l’attention est bien installée.

Rémi Abida, Psychologue en présence à Paris 8e ou en ligne sur Discord.

Prise de rendez-vous sur Discord ( remiabida#6052 ) ou par mail remiabida@psyacp.fr

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