Pourquoi les robots ressemblant à des humains suscitent des sentiments étranges. 

D’après une étude de Shensheng Wang, Yuk F. Cheong, Daniel D. Dilks, Philippe Rochat. The Uncanny Valley Phenomenon and the Temporal Dynamics of Face Animacy PerceptionPerception, 2020

Les androïdes, ou robots aux caractéristiques humaines sont souvent plus attrayants pour les gens que ceux qui ressemblent à des machines, mais seulement jusqu’à un certain point. Beaucoup de gens éprouvent un sentiment de malaise face aux robots presque réels, mais pas parfaitement humainement corrects visuellement. Le sentiment d’affinité humaine avec le robot peut plonger dans un sentiment de répulsion à mesure que la ressemblance humaine d’un robot augmente trop, une zone connue sous le nom de Uncanny Valley « vallée de l’étrange ».

psychologie robot humain

L’hypothèse pour expliquer ce phénomène, connu sous le nom de théorie de la perception de l’esprit, propose que lorsque les gens voient un robot ayant des caractéristiques semblables à celles des humains, ils y ajoutent automatiquement un esprit. Selon cette théorie, le sentiment croissant qu’une machine semble avoir un esprit conduit à la sensation de peur. Mais cette nouvelle étude montre que c’est l’inverse qui déclenche le malaise. Ce n’est pas le fait d’attribuer un esprit à un androïde, qui mène à la vallée mystérieuse, mais plutôt le fait de le « déshumaniser » ensuite en lui enlevant l’idée qu’il a un esprit.

Ainsi d’après l’étude, ce n’est pas l’étape de donner un esprit au robot qui est source de malaise, c’est plutôt l’étape d’après qui consiste à revenir en arrière sur cette croyance :  on « déshumanise » le robot après lui avoir donné un caractère humain. L’anthropomorphisme, ou la projection de qualités humaines sur des objets, sont courants. Mais pourquoi nommer sa voiture ou imaginer qu’un nuage est un être animé n’est pas normalement associé à un sentiment étrange ? La faible fidélité au vivant de ces objets rend plus facile, plus stable, notre croyance d’anthropomorphisme.

Les chercheurs ont montré aux participants trois types d’images : des visages humains, des visages de robots à l’aspect mécanique et des visages d’androïdes ressemblant beaucoup à des humains. On a demandé d’évaluer le caractère vivant perçu de chacune d’entre elles. Les temps d’exposition des images ont été systématiquement manipulés, en quelques millisecondes.

Et les résultats ont montré que le caractère vivant perçu diminuait de manière significative en fonction du temps d’exposition pour les visages d’androïdes, mais pas pour les visages de robots ou d’humains à l’aspect mécanique. Et pour les visages d’androïdes, la perception « être vivant » diminue entre 100 et 500 millisecondes de temps de visionnement. Cette durée est conforme aux recherches précédentes qui ont montré que les gens commencent à distinguer les visages humains des visages artificiels environ 400 millisecondes après le début du stimulus.

Une deuxième série d’expériences a permis de manipuler à la fois le temps d’exposition et la quantité de détails dans les images. Les résultats ont montré que des images moins réalistes permettent de maintenir notre anthropomorphisme et ainsi d’éviter le caractère malaisant du droïde.

Les résultats suggèrent qu’à première vue, nous anthropomorphisons un androïde, mais qu’en quelques millisecondes, nous détectons des déviations et le déshumanisons aussitôt. Et cette baisse du caractère vivant qu’on lui attribuait donne ce sentiment étrange de « vallée mystérieuse ».

Cette étude montre donc un paradoxe, pour qu’on accepte de faire de l’anthropomorphisme sur un objet, de le considérer comme vivant, il faut qu’il n’y ait aucun doute sur le fait que ce n’est pas vrai. Dès qu’il y a de l’ambiguïté, que l’on sent qu’on pourrait être berné, c’est quelque chose que nous ne nous permettons plus et nous nous concentrons surtout au fait de ne pas être dupé. Attentif, le robot en devient alors source de malaise.